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 [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!

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Seigi
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MessageSujet: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Ven 20 Juin 2008 - 16:35

Voici ma première fic sur l'univers du jeu. Elle se passe donc dans le quatrième volet: Apollo Justice. Néanmoins, n'ayant pas fini le jeu pour des raisons de bugs (f**** T__T), je me retrouve donc à "inventer" certains trucs. Néanmoins, sans faire très attention j'ai été mise au courant de GROS spoilers (dans la quatrième affaire). A partir de ces spoilers, je vais écrire ma propre affaire, en essayant de l'inclure dans la timeline du jeu.

Voici en quelque sorte le prologue de l'histoire. Il n'y a pas beaucoup (du tout) d''actions, mais cela me permet d'installer tout doucement le fil de l'intrigue.


Conjuration and Turnabout


Don’t call it superstition… This is just the Old Black Magic called Love…

- On applaudit bien fort la remarquable… la sublime… Kalia pour son numéro tout en finesse !!

Le public s’exécuta aussitôt, saluant la jolie jeune femme qui sous des yeux ébahis avait sorti de sa bouche un long sabre. La lumière crue de la toute petite scène rendait son teint blême et la vieillissait mais elle continuait de sourire, aguichant les hommes de la salle en remuant des épaules.

C’était un petit cabaret minable où l’assemblée ne semblait être là que par ennui, par un concours de circonstances mystérieuses. Les tables rondes, collées les unes aux autres, étaient poisseuses de bière, de cocktail trop sucré. Dans la pénombre, l’odeur de la cigarette, la sueur et le parfum se mêlaient, s’accrochaient aux vêtements. Ce n’était pas important. Tout ce qui comptait était le mélange des corps, l’illusion des artistes et l’envie de faire des rencontres dans le noir, échanger des regards lourds entre les tables sales, demander une cigarette en se penchant pour toucher le bras. L’effluve pesant d’une douloureuse pulsion.

Dans les coulisses, deux personnes néanmoins ne respiraient plus ce parfum, ayant déjà succombé. L’écœurement avait suivi.

- Je pensais que tu ne voulais plus me voir…

- Ce n’est pas pour nous deux, tu le sais. Mais pour lui…

La jeune femme fixa l’homme qui lui tendait une photo. Dans l’obscurité ambiante, il lui était difficile de voir avec précision mais elle comprit aussitôt. Tout autour d’eux, la poussière se déplaçait par vagues à cause des mouvements précipités des artistes prêts à monter sur scène.

- Comment va-t-il ? demanda la femme, détournant le regard de la photo.

- Mal. Il sait que tu n’es pas là. Il sent ton absence.

- Arrête un peu.

Un léger éclat de lumière venant de la scène passa entre eux, et pendant une brève seconde, ils purent se voir réellement. Il regarda la courbe de sa mâchoire, et ses yeux clairs, glacés qu’il avait connus autrefois si doux. Son costume, si court, aux multiples perles et paillettes qu’il trouvait toujours aussi ridicule et en même temps si joli. Elle avait maigri et un instant il sentit que même son parfum était différent. Plus lourd, plus entêtant.

Elle passa une main dans ses cheveux soigneusement coiffés et toucha une de ses boucles d’oreille. Il y eut un tintement léger, comme dissipant le malaise et les souvenirs entre eux.

- Je suis sérieux, tu sais, continua l’homme. Il a besoin de quelque chose… quelque chose qui t’appartient.

- C’est fini. Je n’ai plus rien à faire maintenant.

- Promisa…

La jeune femme tressaillit. L’image fugace de cet homme l’appelait encore une fois… Mais c’était un souvenir, encore un autre… Elle secoua la tête, puis doucement, toucha son propre poignet gauche, sentant le métal se réchauffer contre sa peau.

- Comment en est-on arrivés là… ? fit-elle d’une voix étranglée.

Elle avait envie de pleurer, de crier mais tout cela était inutile. Elle avait perdu depuis bien longtemps, depuis qu’elle avait accepté la situation. Quand elle releva la tête, jamais l’homme ne l’avait trouvée aussi belle, aussi froide. Ses yeux eurent une lueur de colère.

- Ce que je vais te donner, il ne doit jamais être au courant, tu entends ?

A cet instant, la musique sur scène se fit fracassante. De l’autre côté, un groupe avait pris place et entamait une improvisation endiablée. La voix du chanteur invitait le public à danser. Quelque chose se brisa au fond de la jeune femme.

Elle embrassa l’homme doucement sur les lèvres. A son poignet gauche brilla un lourd bracelet doré. Il était tiède contre sa peau.

- C’est fini, répéta-t-elle plus durement.

Et il n’y eut plus qu’un long silence.



Prologue



Quand Phoenix ouvrit les yeux, une odeur chaude et sucrée vint lui titiller les narines. Un sourire s’épanouit sur ses lèvres et retenant un bâillement, il se leva. Près de son lit, une pendule en forme de Penseur lui indiquait qu’il était déjà plus de neuf heures du matin. La lumière du jour traversait sans peine les minces rideaux de sa chambre, dévoilant dans tous les coins des piles de journaux, de divers magazines ainsi qu’objets en tout genre tels qu’une peluche de canard, ou encore un jokari sans fil élastique, quelques assiettes traînant çà et là. Phoenix marcha sur une balle en caoutchouc et faillit retomber sur une boîte de trombones entrouverte. L’esprit encore brumeux, il chercha un pull sous son lit, retrouvant ainsi par miracle la règle d’un jeu de société dans l’une de ses pantoufles. La vie était un miracle en perpétuel recommencement, songea-t-il avant de se rappeler qu’avant sa première tasse de café de la journée ses raisonnements ne valaient pas un clou.

Après avoir déniché un pull entre deux paires de chaussures de montagne et un thermos vide, Phoenix prit son médaillon et le remit autour de son cou. Par un geste machinal, il jeta un nouveau coup d’œil à la photo de sa fille. Il eut un léger sourire en contemplant avec tendresse le regard espiègle de la petite fille habillée de rouge. Deux yeux bleus qui vivaient leur vie, deux yeux qu’il connaissait à présent par cœur.

« Sept ans… »

Sept ans qu’il avait pris Trucy sous son aile. Sept ans que, par un accord tacite et presque instantané, ils étaient devenus père et fille. La petite fille était devenue une adolescente, mais rien n’avait changé au fond. Elle était toujours là, près de lui… depuis…

Il secoua la tête, cessant de penser à tout cela. Par association d’idées, un souvenir brusque faillit remonter à la surface et redoutant sa propre réaction, il arrêta tout net de regarder la photo de sa fille, refermant le médaillon.

L’odeur de sucre se fit plus insistante et Phoenix se rendit compte qu’il avait faim. Ce n’était pas étonnant car son dernier repas n’avait été que quelques amuse-gueules et une bouteille de jus de fruits, remontant à la veille. Il avait disputé des parties de poker pendant une bonne partie de la nuit et n’était rentré qu’au petit matin, courbaturé de fatigue. Sa fille s’était débrouillé toute seule pour le repas, comme elle en avait l’habitude. Phoenix ne savait absolument pas cuisiner, hormis les pâtes et les viandes.

Aussi, quand il entra dans le salon qui servait également de bureau pour leur agence artistique, il remercia sa fille pour ses pancakes au sirop spécial dont il était particulièrement friand. Sur la table, une assiette entière recouverte d’un coulis violet l’attendait, avec une tasse de café.

- Bonjour, Papa ! fit Trucy depuis le coin-cuisine. Tu as bien dormi ?

- Plus ou moins, répondit-il avant d’asseoir lourdement. Tu t’es levée tôt ?

- Non, pas tellement.

Les pancakes étaient découpés en forme de cartes. Amusé, Phoenix mangea son premier pancake en 5 de cœur. Le sirop, d’un violet criard, aurait interloqué quelqu’un d’autre mais Phoenix savait que cela était parfaitement comestible. C’était une spécialité de Trucy qui n’en avait jamais dévoilé la recette, pas même à son père. Elle adorait les colorants alimentaires et en rajoutait partout. Ainsi, il n’était pas rare qu’elle serve des pâtes bolognaises d’un splendide vert pomme, ou un steak haché nappé d’une sauce bleue.

Habillée de son habituelle cape et sa robe sombre, Trucy attendait que sa prochaine fournée de pancakes cuise. Elle chantonnait un air que Phoenix ne connaissait pas, marquant le rythme par sa cuillère contre le bol de céréales près d’elle. Elle semblait de bonne humeur.

- Tu peux allumer la radio, s’il te plaît ? lui demanda Phoenix.

Trucy s’exécuta. L’appareil se trouvait non loin d’elle et elle l’alluma sans détourner l’attention de la poêle brûlante. Il n’y avait pour l’instant qu’une chanson à la mode qui passait et Trucy sifflota le refrain.

- Tu fais des provisions pour le mois à venir ? fit Phoenix en apercevant près de sa fille une assiette débordant de pancakes non découpés.

Trucy se tourna et fit un grand sourire à son père.

- Mais non, c’est pour Pollo ! Je me suis rendue compte ce matin qu’il n’a jamais goûté ma recette spéciale alors je me suis dis « pourquoi pas maintenant ? ». Et puis au moins il aura de quoi manger pour un petit moment.

- Hum… C’est vrai que les affaires sont plutôt calmes en ce moment, répondit Phoenix avant de boire une gorgée de son café.

Calme était un euphémisme. Pas un seul client n’avait appelé l’agence depuis la dernière affaire qui remontait déjà à deux mois. Apollo Justice, le tout jeune avocat que Wright avait pris dans son agence, devenait de plus en plus nerveux et paradoxalement de plus en plus amorphe à chaque fois qu’il passait voir Phoenix. Trucy tentait de lui remonter le moral comme elle le pouvait mais dès qu’elle tentait de faire un tour de magie un peu plus corsé que d’habitude, Apollo la regardait en silence puis soupirait avant de lancer un long regard désespéré au téléphone qui avait tout simplement décidé de devenir muet.

- Pauvre Pollo, dit soudainement Trucy en levant les yeux au plafond, comme si elle s’attendait à recevoir une réponse d’une entité divine quelconque. Ca doit être dur pour lui…

- Je te rappelle que ça l’est aussi pour nous, répliqua Phoenix d’une voix agacée.

- Mais nous, on a l’habitude ! Nous sommes de grands artistes, et nous avons toujours triomphé de l’adversité !

- … crime aurait été commis…

Phoenix se figea sur sa chaise.

- Trucy, monte le son de la radio !

La jeune magicienne obéit et la voix monotone de l’animateur se fit entendre un peu plus distinctement.

- La victime se nommait Kalia Sebilay et aurait été retrouvé morte au cabaret le Jackpot. Les causes de sa mort sont tenues secrètes par les autorités.

A cet instant précis, Phoenix ressentit une vive douleur au niveau du front. Par un étrange réflexe, il se toucha le crâne, palpant l’endroit qui semblait à vif sous la peau. Son corps… Son corps avait réagi de lui-même dès que le nom du cabaret avait été prononcé. Une vague de sensations que l’ancien avocat croyait enfouies remonta à la surface et ce ne fut au bout de quelques secondes qu’il se rendit compte que sa main droite tremblait, incapable de tenir correctement son couteau pour découper les pancakes.

Il ferma les yeux et espéra de toutes ses forces que ce n’était pas ce qu’il croyait. Que ce n’était qu’une pure coïncidence.

- Ouaaah !

Phoenix sursauta violemment. Pris de surprise, il se tourna et vit sa fille qui avait plaqué ses mains sur sa bouche.

- C’est… C’est Kalia Sebilay ! Je suis une fan de ses tours ! Ce n’est pas possible ! Elle… Mais elle…

Le corps de Phoenix se détendit légèrement. Juste ce qu’il fallait pour qu’il puisse poser son couteau et écouter le reste des informations. Il n’y eut pas grand-chose d’autre, si ce n’était le bref portrait de la femme qui avait alors une petite trentaine d’années et qui était connue dans le milieu de la magie pour avoir activement participé à un tour de Maximilien Galactica quelques années auparavant. En entendant le nom du magicien, Trucy fronça les sourcils et regarda ses pancakes. Phoenix savait qu’elle détestait cet homme pour son attitude et également sa vulgarité dans l’élaboration de ses tours, chose que l’ancien avocat ne pouvait pas comprendre, bien évidemment.

Lorsque de nouveau une chanson passa à la radio, Trucy éteignit et demeura un instant immobile, fixant la tasse de café de son père comme si cette dernière allait subitement donner toutes les réponses qu’elle attendait.

- Papa… qu’est-ce qu’on fait ?

- Comment ça, qu’est-ce qu’on fait ?

- Eh bien, on devrait peut-être s’intéresser de plus près à cette affaire, tu ne crois pas ?

Phoenix dévisagea un instant le visage de sa fille adoptive. Une émotion ancienne, étouffante comme de la poussière le saisit à la gorge et il resta silencieux. Il n’avait plus faim.

- Pourquoi donc, Trucy ? finit-il par demander d’une voix sourde.

- Allez, ne me dis pas que tu ne veux pas savoir ? La mort d’une magicienne, ça n’arrive pas tous les jours ! Et puis, c’est quand même Kalia Sebilay ! Je te parie que Pollo se frotte les mains concernant cette affaire !

« Qu’est-ce qu’Apollo… ? »

Le regard limpide de Trucy l’empêcha de continuer sa pensée. Quelque chose en lui… recommençait à lui faire mal… comme avant…

Le téléphone portable se mit à sonner. Il ne pouvait s’agir que celui de la jeune fille dès lors que la sonnerie utilisée était tout simplement un remix des génériques du Samouraï d’Acier, de Nickel et la Princesse Rose. A chaque fois qu’il l’entendait, Phoenix songeait vaguement qu’une certaine petite fille qu’il avait connu autrefois aurait pleuré de savoir ses séries préférées malmenées de cette manière. Affichant un grand sourire, comme si le fait d’avoir un appel signifiait une importante vie sociale, Trucy décrocha, jouant de son autre main avec sa cuillère contre son bol de céréales.

- Agence artistique Wright et Cie ! Magiciens, chanteurs, call-girls, avocats, nous sommes là pour vous assurer le meilleur des services, allô ?

« Je dois absolument lui demander de changer sa façon de se présenter au téléphone », songea Phoenix en avalant une gorgée de son café à présent tiède. « Les gens qui nous appellent vont finir par croire que l’on tient un lieu de débauche… Pourquoi d’ailleurs des call-girls ? »

Le sourire de Trucy se figea lorsque son interlocuteur lui répondit.

- Oui ?... Ah, tu as entendu à la radio…

Au fur et à mesure de la conversation, le visage de la jeune magicienne parut lentement se décomposer. Le mouvement dynamique de sa cuillère se fit plus en plus lent pour s’arrêter tout à fait. Phoenix, sentant l’angoisse prendre le dessus, se leva et attendit que Trucy ne lui explique ce qu’il se passait.

- D’accord, répondit finalement Trucy sur un ton bien plus grave. Oui, bien sûr je lui dirai. Oui, à tout de suite.

- Qui était-ce ? demanda Phoenix dès l’instant où se fille raccrocha.

Trucy détourna le regard. Nerveusement, elle porta une main à son oreille, jouant avec le bijou qui l’ornait.

- C’était Pollo. Il vient de me prévenir que la police a retrouvé le meurtrier de Kalia Sebilay.

Phoenix sentit sa gorge se serrer. La douleur, de nouveau, vint le frapper au front, brutale, persistante, tel un souvenir qui ne pouvait disparaître tout à fait, une plaie infectée malgré les bandages. Pendant une seconde, l’image fugace d’un visage lui revint en mémoire, et le bruit léger de perles qui tombaient sur le sol. Une main tendue vers lui, pleine de sang, qui tremblait.

Tu joues encore dans les boîtes… ?

- Le mari de la victime… Arsene de Verore…

Trucy se tut, incapable de continuer. Sa phrase, laissée en suspens, sembla devenir plus lourde de significations dans le silence qui suivit.

Phoenix Wright ferma les yeux, les rouvrit.

L’enfer qui avait commencé sept ans plus tôt reprenait… et l’ancien avocat savait à présent que tout ce qu’il avait entrepris pour effacer cette partie de sa vie ne servait plus à rien.

Le visage qui pleurait dans ses souvenirs aurait bientôt une réponse.

(suite au prochain post)
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Seigi
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Ven 20 Juin 2008 - 16:36

Apollo accéléra le pas jusqu’au centre de détention. Il était tout juste dix heures et demie mais à peine l’information sur le meurtre de Kalia Sebilay avait été révélée que les journalistes s’étaient empressés d’aller sur tous les lieux susceptibles de gonfler leur reportage. Tant mieux pour eux.

Présentant son badge d’un geste machinal, il prit place devant le parloir et attendit que l’homme suspecté d’avoir tué la magicienne ne se présente. Le jeune avocat souffla, les jambes endolories d’avoir marché aussi vite. La révélation au sujet d’Arsene de Verore l’avait abasourdie. Les mots de l’homme au téléphone lui revinrent, de cette voix particulièrement grave, profonde qui parvenait à tendre les muscles de celui qui l’écoutait.

Je suis vraiment dans une situation délicate. Le seul capable de me défendre, c’est bien vous, Mr Justice. Même si le jugement est défavorable, que vous n’arrivez pas à prouver mon innocence, ce n’est pas un vrai problème. Quitte à tout perdre, autant le faire avec des gens de qualité.

L’expression même avait perturbé Apollo qui n’avait pas osé répliquer. Un mélange de fierté et de colère s’était emparé de lui et il avait dû tout faire pour retenir une exhalation offusquée. La voix de Mr de Verore l’avait stoppé net dans son élan et encore maintenant, les jambes lui faisant de plus en plus mal, Apollo se demandait bien ce que son futur client – si jamais il acceptait évidemment- lui dirait cette fois.

Le bruit de la porte le ramena à la réalité. Un homme entra et s’assit en face de lui, le fixant à travers la paroi. Pendant un instant, Apollo fut saisi par l’aura qui émanait de lui. Il devait avoir un peu plus de quarante ans mais quelque chose dans son regard flamboyait, une lueur narquoise qui faisait penser à celle d’un tout jeune homme. Son visage, aux traits assez durs, était adouci néanmoins par son sourire en coin. Sa présence était éblouissante de par toutes les couleurs qu’il portait. Ses cheveux en bataille étaient d’un rouge vif, sa veste en cuir d’un bleu électrique et à son poignet gauche brillait un bracelet d’une pierre précieuse verte trop brillante pour être vraie. Quand il leva sa main droite pour remettre en place une mèche de ses cheveux, Apollo aperçut le tatouage d’un joker moqueur partant de la pointe de son index pour finir caché dans la manche.

Apollo se sentit curieusement déçu, un peu comme si le coup qu’il avait attendu n’était en fait qu’une pichenette sur le front. L’écart entre l’apparence et la voix d’Arsene de Verore avait quelque chose de déstabilisant.

- Surpris ? fit le suspect comme s’il avait lu dans les pensées du jeune avocat.

Apollo tressaillit.

- Ah eh bien…

- Pas de mal, tout le monde l’est. J’ai comme qui dirait une voix qui ne va pas tellement avec mon apparence.

Apollo ressentit de nouveau que son corps se contractait au son de la voix de de Verore. C’était bien le ton qu’il avait entendu au téléphone, cette voix si grave qu’elle donnait l’impression qu’un fauve prenait son temps avant de se jeter sur vous et planter ses crocs dans votre gorge.

- Vous m’avez appelé car vous vouliez que je vous défende à votre procès. Pourquoi voulez-vous que ce soit moi ?

Le sourire en coin d’Arsene s’élargit. Le joker sur sa main droite donna l’impression qu’il se moquait d’Apollo lorsqu’il toucha une de ses oreilles où un anneau brillait.

- J’ai été impressionné par vos procès, Mr Justice. Si jeune, et si compétent. Les rumeurs vont bon train, surtout depuis que vous vous êtes associé à Phoenix Wright, le grand avocat. Dans le milieu de la magie, Phoenix Wright est devenu une légende après avoir prouvé l’innocence de Galactica. Il est donc normal que je m’en remette à vous à présent. En tant que digne successeur de Wright.

Si pour quelqu’un d’autre tout cela sonnait comme un compliment, Apollo ne tomba pas dans le piège si vulgairement tendu. Arsene de Verore se moquait de lui et il le savait. Quelque chose dans sa voix grave lui faisait comprendre que malgré tout, devant le grand magicien, Apollo était toujours un bleu dans le métier.

« Quel type… désagréable ! », pensa furieusement Apollo en serrant le poing.

- Quelque chose ne va pas, Mr Justice ? demanda Arsene.

Apollo tenta de calmer la colère qui commençait à le submerger. Quelque chose chez Arsene de Verore lui déplaisait, sans qu’il ne comprenne véritablement pourquoi. Trucy, avec son sourire narquois, lui aurait dit qu’il s’agissait d’une histoire d’atomes crochus mais cela semblait plus compliqué que cela. C’était une sorte d’antipathie qui semblait remonter à quelque chose de plus ancien… et de très douloureux.

- Le fait que je travaille pour Phoenix Wright ne devrait pas être pris en compte, Mr de Verore, rétorqua du mieux qu’il put Apollo, serrant dans un réflexe son bracelet doré contre sa paume. Il existe des dizaines d’avocats extrêmement compétents qui peuvent accepter l’affaire.

- Mais c’est vous que je veux.

- Parce que je possède un lien avec Mr Wright ?

Arsene eut un léger sourire, comme s’il se forçait à paraître poli devant quelqu’un qui ne le méritait pas.

- Si c’est le cas, cela vous gêne ?

Une onde de chaleur parcourut Apollo. Pas de doute, il détestait cet homme alors qu’il ne le connaissait que depuis trois minutes. Cependant, il ne pouvait refuser une affaire sous prétexte qu’il n’avait pas « d’atomes crochus » avec lui. C’était une façon stupide de voir les choses. Stupide et profondément insultante.

- Ecoutez… Je ne sais pas encore si je vais m’occuper de votre défense… Mr de Verore, si vous ne m’expliquez pas réellement ce que vous voulez de moi, ou de Mr Wright, je ne pense pas prendre l’affaire en main.

Tout en disant cela, Apollo s’était levé, s’apprêtant à quitter les lieux. Le sourire d’Arsene n’avait pas changé, mais s’était subtilement durci.

- Mr Justice…, commença-t-il alors qu’Apollo se dirigeait vers la porte. Ma situation est telle que ne pas avoir d’avocat signifie tout simplement pour moi mon exécution. Le procès a lieu demain et la presse se frotte déjà les mains d’assister à l’affaire la plus aisée à résoudre de l’histoire. Si je ne vous ai pas demain, je suis un homme mort. Tout simplement.

Apollo se figea. Dans les yeux d’Arsene, une lueur de peur apparut pour s’évanouir tout aussitôt.

- Toutes les preuves m’accablent. Je ne peux rien dire sans que cela ne se retourne contre moi. Si je vous ai demandé de venir, c’est pour une bonne raison, la raison pour laquelle vous refusez de vous charger de ma défense. Parce que je connais très bien Phoenix Wright.

- Vous le connaissez ? Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ? demanda Apollo d’une voix qu’il contrôla le mieux qu’il put.

Arsene leva la main, et son joker tatoué sur la peau eut comme une grimace face à Apollo.

- Demandez-lui, bien que je pense qu’il refusera de vous expliquer. Après tout, l’histoire en elle-même est horrible… pour lui… comme pour moi.

Apollo ne dit rien. Il n’y avait rien à dire. L’homme devant lui se tut et attendit.

- Je reviendrai dans la matinée pour vous donner ma réponse, Mr de Verore, déclara finalement Apollo.

Le regard glacial du magicien le poursuivit jusqu’à ce qu’il quitte le centre de détention.

__________________________________________


- Tu as refusé ? s’exclama Trucy d’une voix aigüe.

- Je n’ai pas encore dit non, rétorqua Apollo en posant sa sacoche sur la table de l’agence Wright and Cie.

- Mais… Mais alors… qu’est-ce que tu fais ici, idiot ? Va voir ton client et donne-lui ta réponse tout de suite ?!

- Eh, je te rappelle que c’est TOI qui m’a demandé de passer à l’agence !

- Ah oui… j’avais oublié…

Pour masquer son désarroi, Trucy posa les derniers pancakes et les présenta à Apollo qui eut un léger mouvement de recul.

- C’est quoi ce sirop violet ?

- Spécialité secrète ! Mange, c’est à la fraise, citron et une touche de mûres !

- Ce n’est plus un secret maintenant que tu m’as dis les ingrédients…
- Mange, Pollo !

Phoenix, qui n’avait pas bougé du canapé, fronça les sourcils.

- Pourquoi hésites-tu à prendre sa défense ? S’il veut que ce soit toi, c’est qu’il a une bonne raison.

Apollo ne répondit pas aussitôt, fixant le coulis violet dans son assiette.

« Mais qu’est-ce que Trucy peut mettre là-dedans ?! »

- La bonne raison est parce qu’il vous connaît, Mr Wright, répliqua finalement Apollo, se décidant à prendre une bouchée d’un pancake découpé en as de pique. Et même très bien, d’après ce qu’il dit.

- Me connaître, moi ? Je ne pense pas, non…

Cependant, dès l’instant où Phoenix répondit, Apollo vit très nettement une sorte de rictus apparaître sur ses lèvres. L’impression que l’ancien avocat lui mentait effrontément lui traversa l’esprit. Trucy eut un toussotement, jouant nerveusement avec une mèche de ses cheveux.

- J’espère que « vous », vous avez une bonne raison de me mentir, dit Apollo d’un ton ferme. Mr Wright, Arsene de Verore a dit que « l’histoire en elle-même est horrible ». Quel lien y-a-t’il entre vous ?

Il y eut alors un long silence, lourd, étouffant. Apollo eut la brusque image d’une main qui venait d’ouvrir un tiroir plein de poussières, éparpillant des objets fragiles dans toute la pièce. Phoenix soupira et avec lenteur s’extirpa du canapé. Il sourit à Apollo, mais d’une façon creuse, un peu comme un pantin.

- Je ne peux pas te le dire maintenant, Apollo.

- Papa…, commença Trucy, l’air désemparé.

- Accepte de t’occuper de la défense de Mr de Verore. C’est tout.

- Mais je…

Phoenix n’attendit pas sa réponse. D’un pas lourd, il quitta l’agence, laissant sa fille et le jeune avocat seuls. Trucy, gênée, détourna les yeux.

- Tu ne veux pas me dire ? demanda Apollo.

La jeune magicienne secoua la tête. Ses mains, nota Apollo, tremblaient légèrement lorsqu’elle débarrassa la table.

- C’est trop compliqué, Pollo. Et je ne me souviens plus de tout ça.

- Tout ça, quoi ?

Silence.

- Tout ce qu’il s’est passé… il y a longtemps…




- Salope ! Tu m’as mentie, hein ?!

- Lâche-moi, ça ne te regarde pas !

La jeune femme reçut une gifle si violente qu’elle tituba. La vision brumeuse, elle prit appui contre le mur, tentant de reprendre son souffle.

- Ca t’a fait plaisir, hein ? Avoue, sale garce !

- Je t’en prie… laisse-moi…

Elle pleurait à présent, le corps cassé en deux par la douleur. L’homme, d’un mouvement brutal, lui prit son menton entre ses doigts, la forçant à affronter son regard.

- Pendant combien de temps tu allais encore me mentir ? Pendant combien de temps encore tu te serais foutue de moi ?

-Non ! Je te jure que j’allais te le dire !

L’homme eut un rire goguenard et appuya plus fort. La femme, surprise, ne put retenir un cri qui se brisa sous les sanglots qui la submergeaient à nouveau.

- Tu me fais mal…

- Tu l’as mérité !

Il la bouscula d’un geste sec. Quand elle tomba, elle sentit une grande douleur lui parcourir le dos comme une décharge. Elle voulut crier mais elle n’y arriva pas. En elle, une voix lui soufflait qu’il avait raison, que tout ce qui lui arrivait était de sa faute. Elle se sentit soudainement plus horrible que lui, plus horrible que l’autre encore. Si sale.

Elle leva la tête et ses yeux bleus, assombris, se fermèrent, dans une tentative d’oublier tout ce qu’il passait autour d’elle.

- Arsene… Je suis désolée… tellement désolée…



A suivre
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kidosselin
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Sam 21 Juin 2008 - 1:10

Franchement, je lis rarement les fanfics, mais la tienne plue.
Quelle style !
Quelle ambiance !
Le ton est plus adulte, plus "roman noir".
J'adore ta façon d'écrire, continue !
Tu installes lentement tes personnages, mais tu le fais avec classe !
On se représente très bien chaque scène, chaque personnage.
Continue, j'attends avec impatience de lire la suite !
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Lucas Wright
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Sam 21 Juin 2008 - 6:17

Vraiment impressionante ta façon d'écrire, on a réellement l'impression d'être devant un roman d'une très grande qualité ! Allez, donc, j'attends impatiemment la suite !
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Lana Skye
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Sam 21 Juin 2008 - 11:51

Très bon !

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kidosselin
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Sam 19 Juil 2008 - 1:19

Toujours pas de suite ???
Continue, c'est vraiment excellent !
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Seigi
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 18 Sep 2008 - 23:07

Bonjour à tous, cela faisait très longtemps que je n'avais mis à jour ce topic et finalement, voici enfin le premier chapitre de ma fic. Il n'est pas très long (environ 10 pages, alors que je peux faire jusqu'à 20) mais en attendant, le voici, pendant que j'attaque le deuxième.

J'espère qu'il vous plaira. Tout se met lentement en place, donc ne vous inquiétez pas. Je préfère y aller doucement plutôt que de tout brouiller et bâcler.

PS: N'oubliez pas de me laisser un avis sur ma fic La Main du Roi, pour savoir ce que vous en pensez.


Icy fingers up and down my spine.. The same old witchcraft when your eyes meet mine…


La pierre était tombée sur elle. Une plaie saignante qui coulait, lentement, chaude, au goût douceâtre. Elle avait envie de vomir, de cracher mais vaincue, elle glissa lentement au sol, tenant ses lèvres bleuies sur le coup.
Il était là et la regardait avec une froide colère. Encore un autre qui était comme un monstre. Elle avait mal à la lèvre supérieure et la saveur du sang, si particulière, qui lui rappelait la sensation de mordre dans du métal, lui donna la nausée. Les larmes coulaient à présent toutes seules, et elle ne s’en rendait même pas compte. Tout son corps criait et elle ne l’écoutait pas, aveuglée par des émotions contraires. La folie, l’amour, la peur… Tout cela était sans importance. Peut-être mourrait-elle sans ses réponses, sans lui, sans personne ? Elle crut échapper à son corps et disparaître, loin, jusqu’à ce qu’il s’agenouille près d’elle.

- Tu l’as mérité, tout ça, tu comprends ?

- Je t’en prie, arrête… Je serai gentille, très gentille…

Les mots étaient sortis tous seuls, et pendant une seconde, elle crut redevenir une enfant, seule, les membres glacés par le carrelage de la cuisine quand sa mère lui pinçait la peau pour avoir été méchante. La pinçait et lui disait de cette même voix, douce et ferme, qu’elle le méritait.

- Tu ne recommenceras plus, promis ?

Il était là, il tenait la pierre dans sa paume mais il lui souriait et oh dieu, comme elle était amoureuse de lui. Il avait beau être comme ça, à lui serrer le poignet à chaque fois qu’un autre homme la regardait, à lui mordre le cou pour la punir de parler à d’autres, elle l’aimait. Plus que l’autre qui lui avait pris ce qui lui était cher. Elle ne pouvait pas le quitter, même un instant. C’était une blessure qui continuerait de saigner de temps à autres, tant pis.

- Promis… Promis, Arsene… Je ne te trahirai plus jamais…

Quand elle voulut l’embrasser, son poignet nu de tout bijou lui effleura la nuque.




Chapitre I
Enquête : Les couleurs mourantes



Apollo adorait la science-fiction, les dimensions parallèles et les mystères de l’espace. Quand il était petit, il lui était totalement impossible de rater un seul épisode de sa série préférée : Le Cosmonaute de l’Etoile de Feu, qui racontait en 23 saisons le parcours incroyable d’un homme propulsé dans une autre galaxie, entre rêves et réalités. Être le Cosmonaute, et avoir pour complice l’Androïde 4b39, avaient été des illusions glorieuses de son enfance avant qu’il se rende compte que défendre des gens accusés de meurtre était plus facile que de toucher des étoiles dont la chaleur atteignait des millions de degrés.

Pourtant, à l’instant même où il entra dans le centre de détention, Apollo eut l’étrange impression d’avoir une nouvelle fois huit ans, des rêves pleins la tête, à fixer son écran de télévision. Il avait basculé dans une autre galaxie, un monde intersidéral hors de portée. Assis face à Arsene de Verore qui ne quittait pas des yeux un Phoenix Wright aussi amical qu’une main de bourreau, Apollo se sentit plus dans la peau de l’Androïde 4b39 que celle du Cosmonaute. Ailleurs, très loin de la bataille intergalactique qui se déroulait devant lui.

- Cela faisait longtemps, Phoenix, lança Arsene après un moment de silence.

- Je vous prie, Mr de Verore, nous ne sommes pas assez intimes pour que vous ayez le droit de m’appeler par mon prénom, répliqua Phoenix.

« Dans quoi me suis-je encore embarqué là ? », songea nerveusement Apollo. C’était tout juste s’il ne voyait pas les couteaux et les revolvers dans les yeux des deux hommes.

- Hem… Comme je vous l’ai dit, Mr de Verore, j’ai bien réfléchi concernant votre dossier et… j’accepte de m’occuper de votre défense.

- Merveilleux, répondit Arsene qui continuait de fixer Phoenix. Me voilà soulagé.

- Le soulagement, sentiment illusoire qui ne sauve les malfrats que pour un temps, n’est-ce pas, Monsieur ? fit Phoenix en souriant d’une telle façon qu’Apollo fut lui-même soulagé de faire partie de son camp.

- Nul doute que de la part d’un avocat qui a sali le nom même de la vérité il y a sept ans, cette boutade est bien menée, répliqua Arsene d’une voix glaciale.

- Contrairement à vous, Monsieur, je ne frappe pas les plus faibles.

Le visage d’Arsene se durcit mais son silence résonna comme une réponse suffisante, lourde d’injure muette. Apollo soupira, incapable de rester silencieux plus longtemps.

- Ecoutez, je suis venu pour écouter votre version des faits et non assister à une dispute entre vieux ennemis. Mr Wright, si la seule raison pour laquelle vous avez voulu m’accompagner est de rendre des comptes à mon client, je vous prierai de m’attendre à l’extérieur du centre.

Pendant une seconde, une expression fugace de surprise et –était-ce possible ?- de respect passa sur le visage de l’ancien avocat qui regarda Apollo comme s’il le voyait réellement. Il jeta un coup d’œil à Arsene puis se leva lourdement de sa chaise.

- Ce n’est pas un problème, Mr Apollo. De toute façon, je dois aller voir quelqu’un d’autre. Je vous attendrai dehors.

Lorsque la porte se referma enfin, le corps d’Arsene se détendit. Il eut un léger sourire soulagé.

- Je dois avouer que vous montez dans mon estime, Mr Justice. Phoenix Wright est connu pour ne pas écouter grand monde, et faire tout ce qui lui chante.

- Je ne suis pas le protégé de Mr Wright, répondit Apollo d’une voix forte. Je travaille pour lui mais s’il y a bien une chose que j’ai apprise au cours de ces derniers mois est que je refuse qu’on me prenne de haut. Ce qui inclut Mr Wright et vous-même.

Le jeune avocat sourit. Depuis un certain temps, une grande assurance avait pris le dessus sur son tempérament discret et calme. Il ressentait le feu dans ses mains, dans tout son corps, et connaissait son potentiel. Le temps où il balbutiait dans ses premiers procès disparaissait peu à peu et il le savait. Il était réellement Apollo Justice et non pas « l’avocat qui travaillait pour le grand Phoenix Wright ».

Arsene eut un nouveau sourire et Apollo sentit que l’animosité qu’il lui portait diminua quelque peu. Le visage de l’accusé avait à présent une expression adoucie qui curieusement rappelait celle de quelqu’un d’autre.

- Bien, Mr Justice.

- Les autorités vous ont arrêté quelques temps après la découverte du corps, n’est-ce pas ? Où vous trouviez-vous exactement au moment du meurtre ?

Arsene leva les yeux au plafond, comme s’il voulait se rappeler de quelque chose.

- Je ne m’en souviens pas.

Apollo tressaillit.

- Vous… vous ne savez pas où vous vous trouviez lorsque votre épouse a été tuée ?

- Mes souvenirs sont particulièrement flous. Je crois bien qu’on m’a assommé alors que j’étais venu chercher Kalia et quand je me suis réveillé… j’étais allongé par terre, chez moi… mes vêtements recouverts de sang.

Un frisson passa sur la nuque d’Apollo. Ce n’était pas bon, pas bon du tout.

- Vous êtes sûr de vous ?

Arsene jouait machinalement avec son bracelet de pierre verte. Il fronçait les sourcils et Apollo vit qu’il tentait sincèrement de rassembler ses souvenirs.

- Pouvez-vous me refaire précisément votre emploi du temps d’hier soir jusqu’à ce matin, quand les autorités sont venues vous arrêter ?

- Bien sûr… Depuis environ un mois, Kalia et moi-même travaillons pour le Jackpot, un cabaret qui commence réellement à se faire connaître. Nous faisions un spectacle tous les soirs de 21h30 à 22h30 avant de laisser la place à un groupe de jeunes musiciens. Le cabaret ferme ses portes aux environs de 00h20 et laisse les artistes remballer et rentrer chez eux une demi-heure plus tard, grand maximum.

Apollo ne disait rien. Sa main pressa son bracelet dans un réflexe.

- Hier soir, Kalia et moi étions les derniers artistes du Jackpot. Comme le cabaret le souhaite, nous laissons nos installations dans le sous-sol, que nous fermons à double tour. La clé est laissée ensuite au concierge. Les propriétaires du cabaret ont toute notre confiance, ce qui nous permet de veiller assez tard. Il devait être presque une heure du matin. Kalia était descendue au sous-sol pour déposer quelques boîtes. Comme elle s’éternisait, je suis descendu à mon tour. Il faisait noir comme dans un four et alors que je voulais allumer, j’ai senti un très grand coup sur le crâne. Je me suis évanoui aussitôt. Quand je me suis réveillé, j’étais allongé dans mon salon, par terre, recouvert de sang… et…

- Et…

- Je tenais une arme… Celle du crime…

- Qu… Quoi ? s’étouffa Apollo.

« Les choses s’annoncent mal. Très mal. »

- On est venu m’arrêter dans la matinée. J’étais tellement abasourdi que je n’ai pas eu le temps de me changer, de m’expliquer. Tout m’accuse. On a retrouvé mes empreintes sur le lien du crime, l’arme, et j’avais le corps recouvert par le sang de ma femme. J’étais le coupable idéal.

- Mais enfin… ça… n’a pas de sens ! s’exclama Apollo, atterré. Tout indique un coup monté pour vous accuser !

- Dites-ça à la presse… ou demain lors du procès, répliqua amèrement Arsene. Personne ne croit en mon innocence… surtout que j’ai été impliqué dans une autre affaire de ce genre… il y a sept ans…

La voix d’Arsene avait changé. Apollo, surpris, releva la tête. Son bracelet émit à cet instant une vibration qui parcourut tout son corps, brûlante et électrique à la fois. Il y avait en Arsene une grande blessure qui n’avait pas guéri tout à fait.

« Arsene de Verore… que me cachez-vous ? »

- Très bien, Mr, déclara finalement Apollo en se levant. Je vais faire une enquête et rassembler des indices pour cette affaire.

- Je vous souhaite bonne chance, répondit Arsene. La tâche ne sera pas facile. Comme je viens de vous le dire, tout m’accuse.

Apollo acquiesça, cachant vainement un rictus nerveux qui lui prenait à chaque fois qu’il s’attaquait à une épreuve ardue. La sensation de son bracelet le troublait. Pourquoi avait-il réagi en présence d’Arsene ? Apollo n’avait pas ressenti de tic, de geste furtif chez son client. L’impression avait été plus profonde, inscrite dans son corps… comme un souvenir désagréable.

La dernière image qu’il eut d’Arsene fut son joker sur sa main qu’il agitait en un léger signe d’au revoir. Quand la porte se referma, Apollo soupira. Il n’avait pratiquement aucune chance de gagner ce procès : des traces de sang de la victime sur les vêtements, pas d’alibi, l’arme du crime en main. Tout indiquait une mise en scène et pourtant… comment le prouver ? Apollo avait compris depuis longtemps que pour peu que le tableau général fût convaincant, le juge hocherait la tête, un coup de marteau et l’accusé en prison prêt à attendre des mois ou des années la marche jusqu’à la mort. Le sourire amer de Phoenix Wright lui revint en mémoire et sans s’en rendre compte, le même rictus vint à ses lèvres.

- Tu es un monstre !

Ramené brutalement à la réalité, Apollo releva la tête et aperçut au fond du couloir la silhouette trapue de Phoenix qui avait entrouvert une porte et semblait parler à quelqu’un toujours à l’intérieur. Apollo ne parvint pas à entendre la réponse du mystérieux interlocuteur mais vit parfaitement l’ancien avocat blêmir, fou de rage.

- Plus que trois jours, et tu seras mort !

Et sur ces mots, Phoenix claqua bruyamment la porte. Jamais Apollo ne l’avait vu aussi furieux, hormis la fois où Trucy avait ajouté de la crème de savon dans son jus de raisin. Le visage livide, il fixait la porte qu’il venait de fermer.

- Mr Wright…

Phoenix sursauta en entendant Apollo mais son expression de colère et de peur disparut très vite. Comme d’habitude, il était capable de masquer ce qu’il ressentait.

- Ah, Apollo, tu as fini avec ton client ?

- En quelque sorte… Et vous, ça s’est bien passé ?

Apollo regretta sa question à l’instant même il la posa, ridicule au possible, un peu comme s’il avait demandé lors d’un enterrement « Alors, rien de grave ? » à un proche du mort. Apollo, maître de la subtilité… et avocat.

Heureusement, Phoenix était bien plus subtil que lui et ne releva pas ses propos. Il n’eut qu’un sourire creux, ce même sourire qu’il avait eu quelques temps auparavant, aussi vide qu’un pantin.

- Que ce soit bien ou mal passé, ça n’a plus d’importance. On peut dire que tout a été réglé, c’est tout.

« Qui était-ce, Mr Wright ? Qui était-ce pour que vous soyez dans cet état ? »

- Il y a quelque chose qui me chiffonne, Mr… Pourquoi détestez-vous Mr de Verore ? Vous semblez bien vous connaître, non ?

Phoenix mit les mains dans son sweat, regardant ailleurs.

- Pas exactement. Nous nous sommes croisés plusieurs fois, il y a sept ans…

« Encore sept ans… Toujours cette même date qui revient sans arrêt… »

- Nous ne sommes pas réellement ennemis… Disons que nous nous battons pour avoir le même rôle d’autorité.

- Le même rôle d’autorité ? répéta Apollo, stupéfait. Je ne comprends pas trop où vous voulez en venir.

Phoenix lui sourit.

- Ce n’est pas un problème, tu comprendras bien assez tôt. C’est bien pour ça que je t’ai dit d’accepter le cas d’Arsene de Verore. Pour comprendre tout ce qu’il s’est passé, il y a longtemps.

Apollo resta silencieux. Dans le regard de Phoenix, une lueur brilla puis mourut presque aussitôt.

(suite au prochain post)
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Seigi
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 18 Sep 2008 - 23:07

Il y avait tellement de policiers sur les lieux du crime qu’Apollo crut un moment qu’il lui serait impossible d’entrer dans le cabaret. La mort d’une magicienne faisait du bruit d’après ce qu’il entendait ici et là.

Curieusement, Phoenix avait refusé que Trucy aille sur les lieux du crime, prétextant un entraînement de magie pour un spectacle important. Apollo avait tout de suite su que la raison était autre : Phoenix voulait protéger Trucy de quelque chose, mais de quoi ? Les questions devenaient de plus en plus nombreuses, aussi compliquées les unes que les autres.

Le cabaret était plutôt petit, à l’enseigne presque trop grosse et tapageuse. Une main tenant trois as brillait légèrement dans le soleil et Apollo remarqua avec un sourire moqueur que la lettre K avait été volée, laissant pour nom « Jac pot ». L’image d’un lieu célèbre en prenait un coup.

Quand il entra, Apollo fut frappé par la grandeur de la salle en comparaison avec l’extérieur. Il planait dans l’atmosphère une odeur de tabac et d’alcool âcre presque physique, comme si le public n’avait jamais réellement quitté les lieux. La scène était au fond, aux rideaux tirés. Les tables rondes avaient été rangées sur les côtés pour laisser de la place aux policiers. Au fond se trouvait un comptoir où se dressait une grande collection de bouteilles. Rien qu’à les regarder, Apollo sentit l’ivresse lui monter à la tête. Il n’avait jamais su tenir l’alcool.

- On veut boire pendant le service, monsieur l’avocat ? fit une voix narquoise dans son dos.

Surpris, Apollo se retourna et vit l’inspectrice Ema Skye lui sourire. Toujours vêtue de sa blouse blanche et de ses lunettes à verre rose, elle tenait dans sa main droite un sac en plastique encore vide qui ne demandait qu’à être rempli d’une pièce à conviction.

- Bonjour, Ema. Belle journée, n’est-ce pas ? tenta de répondre Apollo en souriant.

- Je vous arrête tout de suite, pas de tentative de corruption de votre part, répliqua Ema d’un ton tranchant. Ce n’est pas en discutant de la pluie et du beau temps avec moi que vous pourrez fouiner à votre guise ici.

Malgré ces propos, ses yeux pétillaient. Elle semblait plutôt de bonne humeur, ce qui rassura Apollo. Ema Skye était connue pour sa susceptibilité et sa manie de lancer ses gâteaux au chocolat sur tous ceux qui l’exaspéraient.

- Vous êtes l’avocat d’Arsene de Verore, n’est-ce pas ? Laissez-moi vous le dire tout de suite : d’un point de vue scientifique, votre client est à 200% coupable.

- Et d’un point de vue non scientifique ?

- Je dirais 170%. Les 30% manquants viennent du fait que je n’ai pas inclus le Luminol.

« Merci, Ema… Vous êtes la seule qui est en pouvoir de me réconforter… »

- Que sait-on sur la victime, Ema ?

L’inspectrice lui fit signe de le suivre. Tout en marchant, elle ouvrait puis refermait son sac en plastique.

- Kalia Sebilay, magicienne, 36 ans et épouse de votre client. Elle a été retrouvée morte au sous-sol du cabaret vers 9h00 du matin, quand les propriétaires sont venus régler quelques comptes. Ils avaient voulu vérifier qu’aucune installation des artistes ne manquait et ils ont trouvé le corps.

La porte menant au sous-sol se trouvait juste derrière la scène, au fond des minuscules coulisses. Quelques policiers en gardaient l’entrée. Ema montra son badge, et Apollo la suivit. On avait ajouté de puissantes lumières dans le sous-sol qui était d’une taille plutôt importante. L’odeur de moisi et de froid fit frissonner Apollo qui descendit les petites marches menant en bas. D’après ce qu’il voyait, le sous-sol recouvrait toute la taille du cabaret, de la scène jusqu’aux tables du public.

Le corps avait été emmené, laissant sa silhouette blanche sur le sol froid. De tous côtés se trouvaient des boîtes, des cerceaux, des costumes empilés mais la police n’avait pas touché pour préserver les indices potentiels. Apollo retint un mouvement de recul. Il y avait une immense mare de sang à l’endroit où s’était trouvée la victime, mais…

Un frisson parcourut son échine. Non, ce n’était pas possible…

Grâce à la lumière aveuglante des projecteurs, Apollo vit sans peine la trace d’un corps qui était tombé dans le sang et qui s’était relevé.
Quand je me suis réveillé, j’étais allongé dans mon salon, par terre, recouvert de sang…

Arsene avait été assommé et son corps était tombé dans le sang, d’après son témoignage et une certaine logique. Pourtant, quelque chose clochait dans cette trace. Le corps était tombé mais selon les traces de main et de jambes, s’était relevé. Et comment un corps inconscient pouvait se relever de la sorte, si l’on se rappelait le fait qu’Arsene s’était réveillé chez lui ?

- Quelque chose ne va pas, Apollo ? demanda Ema, surprise par son silence.

- Tout… tout va bien, répondit d’une voix rauque Apollo. La cause de la mort de Kalia Sebilay ?

- Un coup d’arme blanche dans le poumon droit, ce qui a causé une hémorragie. Elle n’est pas morte sur le coup. Elle s’est étouffée avec son sang, ce qui laisse supposer que son supplice a duré au bas mot entre cinq et dix minutes. Elle aurait pu survivre si on l’avait soigné à temps.

« Quelle horreur… Une mort lente… »

Ema fouilla dans sa besace remplie de fioles et lui tendit une photo.
Le corps de Kalia avait été retrouvé dans le zig-zag, la boîte où un assistant pouvait être coupé en deux. Le souvenir de Trucy lui expliquant la spécificité du tour lui revint, le macabre en moins. Posée à l’intérieur comme dans un cercueil, elle avait posé une main sur le rebord, tachée de sang comme le haut de son vêtement. Elle portait une veste plutôt large qui lui cachait une partie des poignets et les doigts. La perte de sang avait été telle qu’il avait coulé de la boîte dans le fond et goutté sur le sol, formant une flaque assez impressionnante pour glisser et en étaler davantage. De nouveau l’image d’Arsene tombant dans le sang de sa femme et se relevant malgré son témoignage apparut à Justice comme une désagréable évidence qu’il tenta à tout prix de ne pas prendre comme irréfutable. Il était son avocat après tout.

- La mort est survenue entre 01h10 et 02h00, déclara Ema en rangeant la photo.

- Et les empreintes ?

- Il n’y a que celles de l’accusé. Sur la boîte, dans le sang, l’arme du crime. De plus, il a un parfait mobile.

- Mobile ?

Ema eut un sourire amer, remettant ses lunettes sur ses cheveux lisses.

- Kalia Sebilay… avait un amant.

Abasourdi, Apollo resta muet. Un amant ? Jamais Arsene ne lui en avait parlé. Une colère froide lui noua les épaules. A présent, Arsene était le véritable meurtrier. Mise en scène ou non, il était celui que tout accusait.

- Comment l’avez-vous découvert ?

- On a trouvé sur la victime une lettre, répondit Ema, présentant à Apollo un sac en plastique.

C’était une lettre de couleur mauve où était écrit en lettres minuscules :

« Je n’en peux plus de t’attendre. RDV Table Rouge. »

Table rouge ?

- Vous avez une idée sur celui qui pourrait être son amant ?

- Pas pour le moment, fit l’inspectrice. On fait encore des recherches.

Apollo se releva, les yeux dans le vague. Les choses prenaient une très mauvaise tournure. Pas d’alibi, un mobile, des empreintes partout…

- Ema, pourquoi m’avez-vous tout montré aujourd’hui ? demanda Apollo sur un ton sec. Je pensais que la police ne collaborait pas avec la défense.

Ema sourit un peu froidement. Sortant un sac plein de Snackoos, elle en prit un et le croqua. Le mouvement de ses mâchoires avait quelque chose d’assez carnassier, ce qui fascinait Apollo. Ema avait dû être lionne dans une autre vie.

- Justice, votre client est tellement empêtré que peu importe ce que vous pourrez tirer de ce que vous donne, vous n’arriverez pas à retourner la situation à votre avantage. N’y voyez aucune cruauté de ma part, ou mépris, mais je pensais simplement vous donner un semblant de coup de pouce, ou moins l’illusion de vous aider. Car c’est tout ce que je peux faire.

Elle coinca un autre Snackoo entre ses dents, croqua et déclara enfin :

- Pour l’instant…

Apollo soupira.

- Merci bien, Ema. L’intention y était.

- Chef ! Chef ! s’écria soudain un policier. Un civil s’est faufilé dans le Cabaret !

- Et merde, gronda Ema. Mais rattrapez-le, bande d’ahuris !

Sur ces mots, elle se précipita vers l’escalier et remonta au rez-de-chaussée. Surpris, Apollo la suivit après un dernier regard sur la scène du crime.

« Mr de Verore, je ne sais pas ce que je dois faire… »

- Putain, vous êtes vraiment des nazes ! J’vous ai dit que je bossais ici !!

- C’est ça, on se calme, dit Ema d’une voix si froide qu’elle coupa net aux répliques furieuses des officiers. Bon alors, qu’est-ce qui se passe ?

Apollo dévisagea le nouveau venu et de nouveau se sentit basculé dans un épisode du Cosmonaute, avec comme nouveau personnage le Mécano de Mars. C’était un jeune homme qui ne devait pas avoir plus de vingt ans, et qui dans ses manières avait encore quelque chose d’un adolescent. Assez grand et mince, il avait des cheveux d’un blond décoloré coiffés en pics, et portait un blouson de cuir déchiré, un jean troué de part et d’autres et des immenses bottes noires qui semblaient être faites pour balancer des coups dans la figure de quiconque. Ce qu’Appolo ne pouvait s’empêcher de fixer étaient les innombrables piercings qui parsemaient le visage de jeune homme, ses oreilles et tous les bijoux au bon goût tel une tête de mort au sourcil ou un splendide « Screw you » tatoué sur les phalanges de ses mains.

- J’aime mon travail, tout est beau, murmura Apollo, tentant d’effacer l’image du Mécano de Mars qui correspondait presque à cette apparition diabolique.

- Vous n’avez pas le droit d’entrer ici, déclara finalement Ema, se contrefichant absolument de l’apparence du civil. C’est une scène de crime donc je vous ordonne de partir. Si vous voulez fouiner ici, tentez d’obtenir une comission rogatoire. Sur ce, salut.

Le jeune homme eut un sourire narquois aux lèvres, qui d’ailleurs, avaient deux anneaux.

- Je savais pas qu’on avait des canons pareils à la police. On planque les cageots quand on va à l’extérieur ?

- Je ne perds pas mon temps avec des types pareils, fit Ema d’un haussement d’épaules. Faites-le sortir, qu’on n’en parle plus.

- Je vous l’ai dit, je bosse ici ! répliqua violemment le jeune homme.

- Vous m’en direz tant, rétorqua Ema d’une voix calme mais lançant un regard noir au rebelle de service.

- Je suis venu ici pour m’expliquer en personne ! J’ai vu l’accusé quitter les lieux, tout ensanglanté !

Apollo eut une curieuse sensation, comme si quelqu’un venait de lui trancher une main et qu’il contemplait son moignon sans trop savoir comment réagir. L’image était poussée, certes, mais allait incroyablement bien avec la situation présente. Ema se figea, et son regard se fit perçant.

- Nom, profession.

- Clash London, chanteur et guitariste du groupe Acid Yellow 3, répondit aussitôt le jeune homme, mimant de jouer à la guitare, rappelant quelqu’un d’autre aux yeux d’Apollo qui cacha un sourire moqueur. Je bossais ici hier soir, et j’ai vu Arsene partir couvert de sang.

- Pourquoi n’être pas allé au commisariat ? demanda Apollo d’une voix forte.

Clash eut un geste de la main.

- La belle affaire, on m’aurait jarté au bout de cinq secondes montre en main. Bien que je vois que ça ne change pas grand-chose ici.

- On ne crie pas sur une scène de crime, on ne se ballade pas une scène de crime et surtout… on évite un tel accoutrement sur une scène de crime, lança Ema d’une voix cinglante montrant que sa tolérance avait ses limites, même devant les jeunes chanteurs tatoués et aux piercings multiples.

- Continue comme ça beauté et je peux t’assurer que tu seras étonnée ce qu’il t’arrivera, gronda Clash.

- Menace faite à un inspecteur ? Ca peut vous coûter cher, mon petit.

- Ca suffit, déclara Apollo, surpris lui-même par le calme de sa voix.

Clash le regardait comme s’il le voyait pour la première fois.

- On dit que les civils n’ont pas le droit d’être là, et je vois un avorton se ballader tranquillement…

- Je suis avocat, l’interrompit Apollo. Et je vous conseille de ne pas trop me chercher.

- Oooh, quel charisme, dit doucement Clash. Tu as de quoi me faire flipper ?

Apollo eut un léger sourire.

- Je suis un ancien champion régional de boxe catégorie poids plume donc… arrêtez tout de suite.

Surprise, Ema regarda Apollo et ne décela aucune lueur de panique ou de nervosité dans ses yeux. L’effet dût être suffisant car Clash eut un reniflement dédaigneux.

- Pfeuh, je cause pas aux minus de ton genre.

- Officier Rand, occupez-vous de lui, ordonna Ema en s’éloignant. Et par pitié, occupez-vous de lui loin de moi !

- Bye, beauté, on se retrouvera au tribunal ! lança une dernière fois Clash.
Apollo avait toujours un léger sourire aux lèvres et s’apprêtait à retourner à la cave quand Ema lui prit le bras, apparemment interloquée.

- Dites, c’est vrai ?

- Quoi ?

Ema rit.

- Votre baratin, là…

Apollo la fixa un petit instant et son sourire s’élargit.

- C’était au lycée, donc j’ai pas mal perdu, répliqua-t-il. Mais heureusement mon crochet est intact.

- Vous êtes incroyable, Apollo, dit Ema d’une voix mi-moqueuse mi-impressionée.

Apollo ne répondit pas et descendit les marches en sifflotant un air de victoire.


__________________________________________

- Allô ?
- C’est moi.
-…
- Tu n’es pas content de m’entendre ?
- …
- Je sais que tu n’es pas obligé de me parler mais j’aimerais vraiment te voir demain.
- Je ne peux pas, je dois m’occuper d’une affaire.
- Oh, ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu ta voix.
- Arrête.
- Très bien.
-…
-…
-… Demain, tu as dit ?
- Je ne suis pas très pressé, tu sais.
- Oh que si, tu es pressé, tu n’as plus beaucoup de temps avant que…
- Laisse, ce n’est pas important. Je voulais juste te parler un peu.
- A propos de quoi ?
- De tout et de rien.
- Mais bien sûr…
- … Alors ?
- Je pourrai en fin de journée mais je ne te promets rien.
- C’est parfait, je t’attendrai alors.
-… Dis ?
- Oui ?
- Est-ce… Est-ce que tu m’aimes encore, malgré tout ?
- A ton avis ?
- Je… Je ne sais plus du tout.
- Alors pour le savoir, viens demain.

Quand il fixa son téléphone, il eut envie de pleurer. Autour de lui, le monde d’un seul coup, n’avaient plus de couleurs. Elles étaient mortes, tout comme ce qu’il avait cru des années auparavant.

A suivre...
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Asynia
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Ven 19 Sep 2008 - 21:47

Je n'ai lu que ton premier post pour l'instant, mais je pense pouvoir dire sans aucun doute que tu as beaucoup de talent ^^
C'est très bien écrit et les attitudes des personnages sont bien retranscrites.
En plus tu dévoiles un des grands mythes de PW: la chambre de Phoenix, aussi appelée l'antichambre de l'enfer xD
J'adore Trucy au téléphone "Vous êtes bien à l'agence artistique Wright [...] call-girls ...", le client est roi hein !
Je lirai la suite tout à l'heure ou demain !

_________________

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Cause I'll just make the same mistake again "


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Ema_Skye
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 26 Avr 2012 - 19:57

Ah nooooooooooooooooon pitiééééééééééé continuuuuuuuuuuuuuuuuue !!!
J'aime trop ton style d'écriture et l'histoire est vraiment accrochante c'est de la torture de laisser un sujet comme ça >< J'étais à fond dedans T-T Ton style est fluide et agréable à lire et le caractère est très fidéle aux perso :')
Ne nous laisse pas mourir de désespoir !! LA SUIIIIITE PAR PITIEEEE !!!
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Fightman
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 26 Avr 2012 - 20:06

Le sujet date de 2008, la fille n'est pas venue depuis octobre 2011, je pense pas que ça va être continué.

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jonrod
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 26 Avr 2012 - 20:13

OMG Ema, THE Necropost, ça fait mal ! Dx

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Saul Hudson
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 26 Avr 2012 - 20:24

C'est un up utile, Seigi a un très beau style d'écriture.
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Fightman
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 26 Avr 2012 - 20:41

Oui mais elle vient plus.

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Saul Hudson
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Jeu 26 Avr 2012 - 20:47

Bah elle reviendra peut-être un jour, hein. Wait & See.
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Crazy
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   Ven 27 Avr 2012 - 17:23

C'est vrai que c'est dommage de laisser mourir un fanfic aussi génial.
Mias, comme le dit si bien Saul, attendons et nous verrons. :)
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MessageSujet: Re: [Fanfic Apollo Justice] Conjuration and Turnabout [spoilers!   

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