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 Blank Dot (Le monde qui n'a jamais commencé)

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Cardia
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MessageSujet: Blank Dot (Le monde qui n'a jamais commencé)   Dim 16 Déc 2012 - 22:03

Un petit projet légèrement inspiré de Clannad qui pourrait se prolonger si jamais je trouve comment rebondir sur cette fin... Si vous avez des questions, des avis et/ou des critiques, postez-les ici, je suis plus que preneur.

De la création du Personnage.


Toute histoire a un commencement, un développement et une fin. C'est ce qu'on nous apprend dès notre plus tendre enfance, cependant c'est un concept que j'aime briser. Imaginons que cette histoire n'ait aucun commencement, ni aucun développement. Juste une fin. Il s'agirait de l'histoire d'un monde qui a pris fin. Si je commence l'histoire ainsi, alors ce monde n'aura jamais commencé, puisqu'il a déjà pris fin au moment ou je le crée. Il n'aura pas commencé, et il n'aura pas été développé non plus. Ce monde a pris fin, et les seuls résistants à cette fin sont ces herbes qui poussent inlassablement. Ajoutons aussi une personne, qui sera là pour guider l'intrigue. Une personne qui devra lancer une réplique afin de commencer une histoire dont seule la fin subsiste. Cette réplique, je peux la voir de manière clichée ou alors faire quelque chose d'original. De toute manière, le monde a pris fin. Quel genre de réplique, au final ? Optons pour une réplique entre les deux.

-Ce monde... n'existe pas. Par conséquent, je n'existe pas.


Car il est conscient de sa véritable destinée. Il sait qu'il n'est que données dans une machine, pixels sur un écran, encre sur un papier. C'est un personnage. Pourquoi lui chercher un nom pour le moment ? Il n'existe pas encore. Pour ça, il faudrait déjà que je lui crée un corps. Telle est la relation entre un personnage et un auteur. Le créateur tout-puissant, et sa marionnette. Un Dieu et son messie, en sorte. Le temps passe, mais le personnage ne vieillit pas. Éventuellement un jour, son Dieu mourra et lui subsistera. Alors il deviendra le Dieu, et il mourra le jour ou personne ne connaîtra son existence. Ainsi va la création d'un personnage. Du personnage de base, il peut devenir le Personnage. Une entité autre, immortelle et faite d'imagination.

-Nourrie par les pensées d'un auteur...


Car oui, un Personnage peut interagir avec la narration. La narration étant issue de l'auteur, on peut considérer que le Personnage peut interagir avec l'auteur lui-même. Dieux immortels, où un est devenu deux et deux ne feront qu'un. Deux maîtres régnant sur un monde qui a fini avant même de commencer. Doit-on faire revivre un tel monde ? Non. Le Personnage est maître de son environnement, lui aussi. Par conséquent, il pourrait faire revivre ce monde par lui-même si il le voulait. Mais il ne le veut pas, car l'auteur ne le veut pas. Le Personnage n'est que le reflet de la volonté de l'auteur, un simple miroir des envies de son créateur. De deux, ils ne font plus qu'un.

-Il arrive cependant parfois que le Personnage puisse agir de lui-même. Il s'agit ici des dialogues, comme je le fais en ce moment.


Seule la première réplique est amenée par son créateur. Le reste du dialogue, c'est le Personnage qui l'amène. Maître de son domaine, il règne seul sur l'étendue mélodieuse des paroles. Seul dans un monde qui s'est fini, il reste maître de lui-même et de son âme. Il est libre de tout, tant que la narration n'arrête pas le flot de parole du Personnage. Cette liberté est telle qu'il arrive parfois même...

-... à couper la narration de l'auteur.


C'est ici que l'auteur doit savoir redémarrer, sans flancher ni perdre une seule seconde. Ce que je n'ai pas su faire ici, car ce monde est terminé. Dans ce monde ne reste que les hautes herbes qui s'agitent avec le vent, et ce Personnage. Un Personnage qui va forcément être décrit un jour, bien qu'il ne soit pas censé commencer. Ce monde a pris fin, et il est censé ne pas avoir de commencement. Créer ce Personnage signifie recommencer ce monde, ainsi il doit y avoir un moyen de créer ce Personnage sans recommencer tout ce monde. Car le décrire serait prendre un grand risque : ce serait donner un champ d'action à une entité capable de recréer un monde. Ce texte n'a ni commencement, ni développement. Il n'a qu'une fin. Le Personnage ne doit pas avoir une influence sur ce monde, sans quoi il le créerait.

-... il neige...


Tiens, oui, il neige. Sur ce monde où les hautes herbes ploient avec la douce brise, des flocons d'une blancheur rappelant la pureté commencent à tomber d'un ciel sans nuages. Le Personnage lève sa main, pour laisser un minuscule fragment de pureté fondre dans sa main pâle et froide. Le Personnage peut en fait déjà interagir avec ce monde. Il est en fait déjà partie intégrante de ce monde qui a pris fin. Par conséquent, le Personnage a pris fin avec le monde. Le Personnage, cet homme aux traits fins et à la peau si blanche. Ses cheveux noirs, dont deux mèches plus longues que les autres couvrent ses tempes ainsi que la moitié de ses oreilles et descendent jusqu'à son cou, ondulent eux aussi dans le vent. Son regard bleu acier se perd à l'horizon, un horizon où il n'y a rien à part de la neige. Cette personne vêtue d'un long manteau noir, une écharpe sur le menton et le nez un peu rougi par son froid.

-Dis, l'auteur... j'ai froid.


Non, tu n'as pas froid, Personnage. Il neige, mais étrangement la température ambiante reste supportable pour n'importe quel frileux. La température est même à un point parfait. C'est normal, ce monde s'est terminé. Il ne peut donc être que parfait. Toute la beauté du monde est concentrée dans cette vision d'un monde qui n'a plus lieu d'exister. Ainsi, l'image du monde correspond à l'image de la perfection. C'est pourquoi le Personnage doit être parfait aussi. Ou bien justement doit être imparfait, car seule cette imperfection fera changer ce monde. Voici où se trouve mon dilemme en tant qu'auteur. Dois-je faire changer ce monde, au risque de le recréer ? Dois-je laisser ce monde tel qu'il est, au risque que ce texte perde tout intérêt ?

Le Personnage éternue. Il semble réellement avoir froid. Cependant, dans ce monde qui s'est terminé, rien ne peut changer. Car la fin est immuable. Le développement d'un texte sert à faire changer les choses, or ce texte n'a qu'une fin. Rien ne changera. Cette neige tombera éternellement, ces herbes bougeront à cause de cette éternelle brise, et le Personnage continuera d'avoir froid. L'horizon ne change pas : le neige continue de tomber d'un ciel sans nuages, tel un plafond illusoire. Il range ses mains dans ses poches et enfouit son nez dans son écharpe en tremblant un peu. Pourquoi s'entêter ainsi ? Ce monde est terminé.

-Il revivra de toute manière, quelle que soit la fin. Sache-le, toi mon créateur. Quoi que tu fasses, ce monde renaîtra de ses cendres. Il a déjà commencé à se relever. Il n'y avait pas de neige dans ce monde qui a pris fin.

Sans cette neige, tu n'aurais pas eu froid. Tu n'aurais jamais dû exister. L'existence n'est qu'une petite lumière, incapable d'éclairer quoi que ce soit si il n'y avait aucune autre lumière. Le voilà qui court vers l'horizon, en espérant trouver une limite à ce monde. Le voilà bien vite de retour à son point de départ : les marques de pas dans la neige lui prouvent qu'il a déjà fait le tour de ce monde en courant quelques foulées. C'est un monde qui a pris fin. C'est un monde qui n'existait pas. Par conséquent, c'est un monde qui se limite au Personnage. Il tente désespérément de sortir : il cherche d'autres directions, tente de sauter afin d'y échapper. Rien ne marchera, jamais. Ce monde est condamné à se finir, et sans doute est-il déjà fini.

Il s'agit d'un monde qui a pris fin. Il s'agit d'un Personnage qui prend fin lui aussi. Triste histoire que celle de ce monde, car ce monde n'a pas d'histoire. Pour que ce monde ait une histoire, il aurait fallu qu'il y ait un commencement et un développement. Le Personnage a froid, et il neige. Pourtant sa peau est chaude, et la température est tout à fait plaisante. Tout se meurt dans ce paysage, car rien ne peut bouger dans ce monde. Aussi le Personnage se meurt, car il fait au final partie du paysage.

-Ainsi rêves-tu, toi l'auteur. Je ne mourrai pas comme ça. Je ne laisserai pas ce monde se finir.


Ainsi je rêve, mais ainsi tu disparais, lentement. Disparaître, s'envoler, ne plus exister. Tant de mots pour la même chose : il se meurt, lentement, en même temps que ce monde. C'est un monde qui a pris fin, mais ce Personnage tente de le maintenir en vie malgré tout. Il tremble de froid. Il tombe à genoux en grelottant, les yeux écarquillés. Tel est son destin, que je ne peux plus contrôler : il doit mourir en même temps que ce monde. Il tombe sur le flanc. Les tremblements ne s'arrêtent pas, au contraire. Ils s'intensifient, et bientôt le Personnage n'arrive plus à bouger. Son corps est paralysé par son mouvement perpétuel.

La solution pour finir ce monde n'était pas le Personnage. De la création du Personnage est issue ce que je ne voulais pas : ce monde qui s'était enfin terminé avait recommencé à vivre. Le Personnage, en mourant, avait réussi à changer la toile de fond. D'un monde fini enneigé, où le brise agitait les hautes herbes et où un personnage regardait l'horizon, ce monde était devenu un monde enneigé, où la brise agitait les hautes herbes et où un cadavre continuait à trembler, spasmophile. Aussi, je dois laisser ce monde se finir une nouvelle fois et continuer à réfléchir. Comment finir ce monde à jamais ?
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MessageSujet: Re: Blank Dot (Le monde qui n'a jamais commencé)   Mar 22 Jan 2013 - 22:47


De la destruction d'un monde


Il était toujours étendu là, le Personnage grelottant. Il ne faisait plus partie de ce monde : la voûte céleste de cette dimension avait quitté son propre environnement, laissant ainsi un monde en proie au néant et à la désolation. Moi Auteur, je ne peux faire autrement que de narrer cette triste destruction. Il me resterait une option, mais il est risqué de l'appliquer. Cela signifierait recommencer une nouvelle fois ce monde. Retirer cette neige, ces hautes herbes et laisser place à une multitude de créatures bien vivantes. L'Auteur est Dieu dans le monde qu'il crée. Serait-ce la preuve que Dieu n'est pas une créature bienveillante ? Qui sait.

J'agis ici tranquillement. J'ai du temps pour réfléchir : toute ma vie, en fait. Tant que je ne continue pas, alors je peux continuer à chercher une solution. Je peux vivre le temps que je veux et continuer ce projet quand bon me semble. Aussi je me lève de mon cher tabouret et je me dois de quitter ma chère table de travail où se trouvent toute mon imagination et mon inspiration. Sans un bon cadre, un auteur ne peut pas faire grand chose. Et si ce cadre n'existe pas, il faut en créer un. Il est temps d'y aller : je dépose la plume, les flocons s'arrêtent dans les airs. Le vent s'arrête brusquement, les herbes se trouvent toujours à moitié pliées. Le temps s'est arrêté. Le plan maintenant, c'est d'aller chercher ma cafetière. Je laisse donc ce monde en suspens, avec mes autres mondes. L'un représente le néant à la vie qui s'éteint. Ce projet-là est fini.

D'un œil nostalgique, je regarde les différents noms sur les dossiers qui s'étalent sur la table. Tous me remontent quelques temps en arrière. Addendum à la vie, Addendum à la vérité, Bandersnatch, Heartful Cry, tant de projets terminés ou laissés de côté. Ils semblent tous me crier de leur accorder de l'attention, de faire le nécessaire pour qu'ils revivent. Certains sont déjà achevés, et ceux-là me lancent un silence peut-être plus accablant que les cris. Ô toi littérature, si tes ressources sont infinies, pourquoi donc dois-tu te finir ? Je verse le liquide chaud et amer dans une petite tasse, et je retourne m'installer à ce bureau de fortune.

Que trouve-t-on de nouveau dans ce monde ? Absolument rien. Tant que je ne reprends pas la plume, ce monde restera en suspens. Un mot suffira pour que le confinement du temps sur ce texte ne s'interrompe. Il ne tient qu'à moi de libérer ce monde de son froid intemporel. D'ici découle une décision importante : dois-je laisser ce texte périr comme les autres projets et le regretter un jour ou l'autre ? Dois-je reprendre ce texte et recommencer un monde ? Il me semble apercevoir une méthode pour contourner cette limite. Le souci est de l'appliquer. Respire, humain, respire : tu vas refaire la transition d'humain à entité divine. Allons-y. Respire un bon coup, et lance-toi.

Et voilà que ce monde repart. Il ne s'agit pas exactement du même monde. Ce monde-là n'a jamais commencé, ne s'est jamais développé et est déjà fini. Il s'agit d'un monde qui s'est terminé, une nouvelle fois. Le vent souffle, mais les herbes ne ploient pas. Il n'y a pas d'herbes. Une étendue de feuilles mortes concluent le paysage, sans aucun arbre. Il en va ainsi du tapis multicolore que crée un monde pareil. Feuilles mortes, signe de la désolation de ce monde déjà mort. On retrouve tout de même deux éléments communs à l'autre monde : le ciel est vide de nuages, et on retrouve de la vie.

Non pas une fois, mais deux. Deux personnes se trouvent au milieu de ces feuilles mortes. Il n'y a aucun Personnage cette fois : simples marionnettes de l'auteur, n'ayant aucune importance. L'une d'entre elles regarde en l'air, et l'autre regarde au sol. La personne qui regarde en l'air est habillée du même manteau long et de la même écharpe que le Personnage. Seul détail changeant : ses cheveux sont plus longs et égalisés, un peu en désordre et n'ondulent pas dans le vent. Ce n'est pas faute d'en avoir, pourtant. Son regard émeraude pointé vers le ciel s'accorde avec le noisette de ses cheveux. Un petit sourire trône sur son visage. Il ne sait pas ce qui l'attend. A côté de lui, l'homme qui regarde au sol est une copie conforme du Personnage. Les mêmes yeux d'un bleu acier, les même cheveux noir de jais, les deux mêmes mèches sur les tempes qui volent au gré du vent. Seul changement : le manteau long s'est changé en une veste blanche et un haut blanc dessous. Un simple pantalon de tissu blanc complète l'image, peut-être voulue, de la pureté.

Aucune de ces deux personnes n'est le Personnage. S'ils avaient été comme lui, de toute manière, jamais l'auteur n'aurait pris le risque de les décrire. Ils n'ont pas le potentiel de faire repartir ce monde. Avec un petit soupir, l'homme aux yeux verts se détourna lentement du ciel pour poser ses yeux sur l'homme à côté de lui. Puisqu'ils ne sont pas dangereux, l'auteur peut se permettre de leur donner des noms. Il n'aurait jamais pu s'y tenter sans l'absence de potentiel créatif du Personnage. Disons donc que l'homme aux cheveux bruns et aux yeux verts se nomme Ethan et celui aux cheveux noirs et aux yeux bleus porte le doux nom d'Evan. Très peu de différences entre les deux noms ? Un auteur ne fait jamais rien au hasard.

-As-tu déjà vu Dieu ?


La voix d'Ethan venait de sonner clairement dans l'air. Mains dans les poches, toujours un peu rêveur, les yeux à moitié sur Evan et à moitié dans le ciel. Il tentait de comprendre ce qui se passait. Evan, lui, secoua simplement la tête. Cette expression faciale à la limite de la déprime se força à esquisser un petit sourire sarcastique. Sa voix à lui, plus sarcastique et amère, vint elle aussi trouver son écho dans le monde où ils étaient enfermés.

-Dieu n'existe pas. Dieu n'est qu'une invention de l'humain.


Un petit regard de côté à Ethan, et retour dans ses pensées. Quelles pensées ? Des pensées artificielles créées par l'auteur afin d'en faire une créature ayant un semblant d'humanité. Ce n'est qu'une marionnette, mais il faut que la marionnette soit réaliste. Sans quoi on sera déçu de la qualité d'une telle marionnette et le spectacle en sera plus mauvais. Ces pensées portaient sur un point sombre qui le préoccupait : comment était-il arrivé ici ? Comment était-il arrivé dans un monde déjà terminé ? L'auteur quant à lui se demandait si ajouter Evan n'était pas un moyen de recréer un monde qui s'était déjà fini. Si il devenait trop problématique, alors il aurait à le supprimer lui-même et il aurait à tout réécrire. Ce n'était pas du remords à l'idée de le tuer : Evan n'était après tout qu'une marionnette comme une autre. Non, la quantité de travail derrière la destruction d'Evan était le véritable problème.

Devoir tout réécrire, ignorer le fait même qu'Evan ait existé, recréer ainsi un autre monde où Evan n'existe pas. Un monde sans mort ni vie, une mort dans l'éternité au final. Un monde où Ethan serait seul à regarder le ciel, en se posant à lui-même sa question. Voilà qui ferait un sujet admirablement pauvre et qui devrait mettre en œuvre tout le talent de rédaction de l'auteur afin d'en faire un texte intéressant. Intoxiqué par la victoire, il n'aurait plus qu'à abandonner le projet et le fermer et le nommant hypocritement « projet terminé ». Une défaite cuisante cachée sous l'aspect de la victoire implacable face à la littérature. Il aurait vaincu l'infinité de la langue, il aurait terminé un projet. Derrière cette illusion se cache une réalité toute autre. Que se passe-t-il si on s'arrête ici ? Alors on abandonne. Un abandon sous la bannière de la victoire. Abandonner car on a gagné.

Inexistence, paradoxe.

Evan tourna sa tête vers son camarade d'infortune, en l'analysant sous toutes les coutures. Comment pouvait-il garder ce sourire plus longtemps ? Comment pouvait-il avoir une expression aussi radieuse ? Comment pouvait-on simplement regarder le ciel en sachant qu'il n'y avait aucune échappatoire possible ? Il avait beau retourner la question dans sa tête de tous les côtés, lui faire prendre toutes les formes possibles, la seule réponse qui lui venait à l'esprit tranchait net avec la réalité des choses.

C'est impossible.

Impossible, un mot qui lui tournait dans la tête depuis tout ce temps. Il était impossible qu'il vive ici, dans ce monde qui avait pris fin. Il était impossible que ce monde existe, puisqu'il était fini. Il savait que ce monde ne devait pas exister, et il ne savait même pas comment il le savait. Il continuait de regarder Ethan sans bien comprendre la situation dans laquelle ils étaient réellement. Un trèfle sans feuilles, voilà tout. Aucune confiance, aucun espoir, pas d'amour... et pas de chance non plus, symbole de cette quatrième feuille inexistante. Ils n'avaient aucun moyen de s'en sortir. Au bout d'un certain temps, Ethan se rendit compte du regard qui était posé depuis tout à l'heure. Il baissa la tête vers Evan, apparemment surpris.

-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Rien. Je me demandais juste comment tu pouvais sourire dans un monde pareil.
-Je ne sais pas. On ne manque de rien ici. On n'a pas faim, on n'a pas soif, pas sommeil, nous n'avons même pas besoin de nous occuper.


Il releva la tête lentement vers le ciel, avec un sourire ravi. Ses yeux brillaient, et le vent commençait enfin à secouer ses cheveux. De l'herbe avait commencé à pousser sous les feuilles mortes et grandissait au fur et à mesure. En haut, de fins flocons commençaient à tomber. Hautes herbes et neige : la situation du Personnage. Quelqu'un quelque part en déduit qu'il s'agissait du stade terminal de ce monde. Toute histoire se termine par la mort d'un personnage dans la neige. Ethan et Evan, sans que l'auteur ne le veuille, allaient mourir d'ici peu. Un petit nuage de fumée s'échappa de la bouche d'Ethan alors qu'il parlait en souriant, comme toujours.

-C'est un bon jour pour être en vie, non ?


Evan releva la tête lui aussi. Il comprit alors la question d'Ethan, ainsi que la raison pour laquelle il souriait. Un visage indistinct leur souriait alors que la neige tombait, dans ce monde où tout était fini. Une lueur d'espoir pour quitter ce monde se présentait à lui. Avec un petit sourire, Evan articula quelques mots. Ce n'étaient que des mots, mais ils voulaient sans doute dire plus que ce que l'auteur comptait faire faire à sa marionnette. A vrai dire, il ne les contrôlait déjà plus. Ils étaient devenus des Personnages avant même que l'auteur ne s'en rendent compte. Ces quelques mots d'Evan, qui remplissaient tout un monde d'espoir, tels étaient-ils :

-Ouais... c'est un bon jour pour être en vie.


Alors ces deux Personnages commencèrent à s'effacer. Non pas qu'ils le faisaient d'eux-mêmes : il était déjà trop tard. L'auteur ne voulait qu'une chose, c'est que l'on ne retrouve pas deux cadavres comme celui du Personnage. Ils disparurent, lentement. Le monde se détruisait, lentement. De la destruction d'un monde ne découlait pas la fin de ce monde. Détruire un monde n'était pas la solution pour le finir, donc. Avec un soupir, l'auteur se releva, ferma la pochette contenant les textes. Le temps s'était suspendu alors qu'Ethan et Evan souriaient en disparaissant.
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MessageSujet: Re: Blank Dot (Le monde qui n'a jamais commencé)   Mar 22 Jan 2013 - 22:48


De l'infinité d'un monde qui brûle


Il avait tenté deux fois. Trois fois, puis quatre. Il avait tenté des dizaines de fois de recommencer ce monde fini. Une vision des empires qui brûlaient, voici ce à quoi résultaient ses multiples tentatives de créer un monde qui se finirait proprement. Il avait tout tenté : un seul Personnage, deux personnages, deux Personnages aussi... toute une foule de pantins créés uniquement afin de satisfaire cette tentative. Que le monde se termine tranquillement. Sa cafetière était vide, et il avait la tête entre ses bras croisés. Vision du désespoir selon l'Auteur impuissant. Y avait-il réellement un moyen de faire quelque chose n'ayant qu'une fin ? Pas de commencement, pas de développement. Il voulait faire ce monde sans fin qui ne devait pas recommencer. Jusqu'ici, toutes ses tentatives s'étaient soldées par des échecs.

Brume, petit filet blanc intangible qui se dégageait de l'atmosphère. Il ne peut pas mourir. Ils regardent tous, mais ils ne verront jamais qu'il y a quelque chose à l'intérieur. Une petite lumière orangée. Serait-ce le soleil ? Non, c'est trop petit. Ils regardent, mais ne le voient pas. Beauté d'un monde qui s'éteint, peu à peu. Le brouillard fin qui enveloppait l'endroit ne permettait aucun échange de regards, oui quoi que ce soit du genre. Il ne peut pas mourir. Pas encore. Il faudra encore attendre un peu. Laisser lever, et regarder brûler. Visions d'une infinité, vue des empires qui brûlent. Il ne regarde pas, lui. Il observe.

Il regarda d'un œil morne la petite pile de feuilles qui trônait à côté du dossier. Comme elle semblait pathétique, cette pile, à côté de l'ampleur du dossier qu'il avait enfin nommé. Six mots étaient inscrits à l'encre noire sur la pochette jaunâtre du dossier : « Le monde qui n'a jamais commencé ». Lui avait deux cernes monstrueuses sous les yeux. Combien de temps s'était-il écoulé sans que Morphée ne daigne l'effleurer de ses bras ? Trois jours ? Quatre ? L'arme du désastre, cette plume lisse, pendait nonchalamment entre les doigts de l'Auteur. Il n'avait plus d'emprise sur rien : pas même sur cette plume. Son pouce et son index s'écartèrent légèrement : la plume tomba. Morphée avait enfin daigné jeter un regard compatissant sur cet auteur.

Mort d'une entité, désespoir d'une espérance déçue. Le brouillard s'est levé, la lumière avait disparu. Il n'y avait rien à l'horizon. Juste de la terre séchée et quelques petites lumières argentées qui volaient par-ci par-là. Porter les espoirs de l'humanité, réfléchir leurs sentiments. Dévoiler leurs envies, bannir leurs idéaux. La terre s'emplit déjà de craquelures, poids d'une éternité à brûler. Ce soir, tout finira. Rhapsodie naturelle du temps et de l'espace, harmonie dissonante de la vie et de la mort. Qui aurait voulu d'un monde pareil ? Paisible mais condamné.


Il avait rêvé, ce jour-là. Obsédé par ce projet, il n'arrivait plus à se limiter à la pensée. Il le vivait maintenant. Son rêve fût bref, mais il se voyait entouré de hautes herbes blanchies par la neige qui tombait. Inconsciemment, il se réveilla. Il savait ce que voulait dire cette neige et ces herbes : mort. Il ne voulait pas mourir. Aucun de ces personnages ne voulait mourir, il le réalisait maintenant. Il jeta un coup d’œil sur l'heure, un coup d’œil qui se voulait tout à fait réveillé mais qui était clairement embrumé. De ce qu'il en comprit, il venait de dormir treize heures. Avec un petit ricanement, il se releva dans la nuit. Une bien longue sieste pour un rêve si court, pensait-il avec raison. Il se rassit correctement, ramassa la plume et la plongea délicatement dans l'encrier. Crissement de la plume sur le papier.

Il avait réalisé une chose absolument évidente lorsqu'il s'était réveillé. Personne ne voulait mourir. Ainsi, pour que ce monde se finisse sans recommencer, il ne fallait pas aller contre la volonté de toute entité créée, personnage ou Personnage. Le moyen le plus simple de finir ce monde était de le laisser tel qu'il est, sans aucun personnage. Aucune entité vivante. Le monde se détruira de lui-même. La fin se finira, comme le voulait cet Auteur. Il avait encore à réfléchir. Aussi il reposa sa plume. Ce n'était pas encore le moment de se lancer. Il attendrait quelques jours.

Ce monde était déjà fini. Il ne fallait pas qu'il recommence, à n'importe quel prix. Ils veulent savoir d'où ce vent provient. Jamais ils ne le sauront : lui le sait, mais il ne dira jamais rien. Ils fixent tous, mais ils ne verront jamais qu'il y a quelque chose dans ces fissures. Une belle lumière orangée. Était-ce le feu ? Non. C'était trop froid. Ils le regardent, mais ils ne le voient pas. Beauté d'un monde qui peu à peu se consume, vue d'empires réduits en cendres. Ils trouveront éventuellement un chemin un jour. Qu'ils restent aveugles pour le moment, il veut continuer à observer. C'est un accès à la crise qui touchera cet endroit d'ici peu. Il ne voulait pas rater ça à cause d'un aveugle miraculé.

Rêver la même chose chaque nuit, ce rêve était sa réalité. Il n'avait pas fini de réfléchir, mais l'idée générale se formait de mieux en mieux dans sa tête. Tel un serpent, son esprit zigzaguait dangereusement tout en se rapprochant de son but. La perspective d'avoir trouvé ce qu'il recherchait depuis tant de temps lui fit monter un petit frisson. Prendre la plume une nouvelle fois, et en finir avec ce texte. Voici ce qui l'animait encore en cet instant. L’œil brillant, il entamait une nouvelle page. En haut, il avait écrit un titre : « De l'infinité d'un monde qui brûle ». Il était temps d'en finir avec ce projet.

Les feuilles avaient commencé à tomber, une à une, puis dizaines par dizaines. Genèse d'une mort certaine, espoir d'un désespoir. Mort d'un concept, avec ce tapis de feuilles. Une goutte suivit. Puis deux, trois. La pluie battait son plein, alors que le monde se noyait en lui-même. Ils regardaient tous, mais ne voyaient pas. Les petites lumières orangées que dégageaient ces gouttes. Elles n’étaient au fond que de simples lumières. Espoirs d'une humanité, rêves d'une existence. Critique d'un nouveau monde, et noyade d'un monde qui se finit. Ainsi est ce monde : c'est un monde qui s'est terminé.

Vide de monde, vide de toute chose. Empli de simples feuilles qui trainent misérablement, d'une simple pluie qui ne se meurt pas. Ils ne le voient pas, mais lui le voit. Et son cœur en brûle. Le laisser seul. S'en aller de lui. C'est ce qu'il demandait depuis tout ce temps, mais seule une personne l'écoutait. Un cri silencieux, que seul peu pouvaient entendre. Le hurlement d'une âme désespérée, la mort d'une autre espérance. La pluie battait le sol impitoyablement, vision d'éternité dans un monde d'empires engloutis.


Sa plume écrivait furieusement. Il avait déjà déchiré plusieurs feuilles dans son excitation. Il n'avait que la hâte d'en terminer avec ce projet, prouver que le monde n'avait eu ni commencement, ni développement. Ce monde s'était juste terminé, comme les autres. Il rampait dans le noir, écrivant tout ce qui lui passait par la tête. Le rythme saccadé de son écrit ne s'expliquait que par sa hâte. L'écriture déformée devenait illisible, mais lui souriait. Il avait sa réponse.

Puis vint un moment où ces feuilles se consumèrent. Pourquoi ? Comment ? Il pourrait l'expliquer, mais il ne sait pas. L'herbe poussa, rapidement. Peu à peu les gouttes de pluie blanchirent, jusqu'à tomber lentement sous formes de minuscules flocons. La neige tombait dans ce monde, une nouvelle fois. Il en était ainsi de ce monde : visions d'un empire oublié, après avoir brûlé. Déchiré par l'Humanité, il ne pleurait que la fin de sa nostalgie. Il ne repensait déjà plus à ces aveugles, il ne pensait plus au passé. Alors que la neige tombait, lui versait une petite larme. Sourire forcé, regard lourd de sens. Il se mourait.

Durant plusieurs heures il resta ainsi, courbé sur son bureau à écrire comme un fou furieux. Il ne voulait pas arrêter, ou plutôt ne pouvait pas arrêter. Si il venait à s'arrêter, il savait qu'il ne pourrait pas recommencer. C'était son unique chance d'en finir, une fois pour toutes. Il voulait que tout se termine. Tout ce temps passé à réfléchir, tout ce temps à essayer et échouer, il ne voulait pas que tout ça parte en fumée. Il ne voulait pas avoir fait tout ça en vain. Pourquoi fuit-il ? Il sait qu'il ne pourra pas voir ce projet d'en face, alors il contourne. Abandonné sous l'illusion d'avoir été terminé, voilà ce qui attendait réellement ce projet.

Sous la neige il disparaissait, ce monde. Cette petite larme qu'il avait versé devint bien vite glace, alors que le monde disparaissait. Il semblait partir autre part, se fondre dans une masse informe qui ne pouvait être autre que le néant. Le monde était en fait une petite boule orangée, au final : dans ce monde, un monde entier existait. Tout n'était que différents mondes : le monde se finissait sans jamais n'avoir commencé. La larme tomba dans le néant, alors que tout s'en allait. Ce monde avait totalement disparu. Le néant, voilà ce qu'il restait de tant d'années à batailler face à son destin. Faire face à l'inévitable, et en finir.

Lui aussi en avait fini. Il avait posé la plume, satisfait, et s'était couché. Un projet terminé le regardait silencieusement une nouvelle fois. Ce regard invisible ne signifiait cette fois pas qu'il voulait être repris : il signifiait simplement qu'il n'était pas fini.
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Cardia
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MessageSujet: Re: Blank Dot (Le monde qui n'a jamais commencé)   Mar 22 Jan 2013 - 22:49

De l'illusion d'une vie incomplète

Sans pouvoir jamais faire autre chose que regarder d'un air mélancolique ce dossier jaunâtre, il réfléchissait. Il manquait quelque chose à ce projet. Qui sait ce qu'il manquait. Il devait savoir ce dont il s'agissait : il ne savait pas quoi faire. Devait-il continuer ce projet, ou le laisser dans son sommeil éternel ? Il se faisait tard au moment où il y réfléchissait. Il avait envie de dormir. Il se frotta les yeux avec insistance, bailla, et s'assoupit doucement. La nuit porte conseil, pensait-il en s'allongeant dans son dernier élan de conscience. Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il n'en décidait déjà plus de lui-même. Tant que ce projet n'était pas fini, il vivrait avec les Personnages qu'il a créé. Celui qui n'avait jamais eu de nom, Evan, Ethan, et les quelques autres qui le regardaient intérieurement avec insistance. Il ne pouvait plus supporter ce regard accablant et désespéré. C'est pourquoi il se leva le matin, et prit la plume. Intérieurement, il pesta.

-C'est le dernier. Aujourd'hui, je finis ce projet.


Le monde était différent cette fois. Il n'était pas encore totalement fini : il lui restait un peu de temps avant de se finir. La vie était encore partout. Le bruit incessant des autres humains autour de lui, tel un bourdonnement, l'agaçait fortement. Lui ? Ainsi était désigné le jeune homme blond qui se tenait adossé contre un mur, les derniers millimètres de ses cheveux frôlant les cils ses yeux gris. De son nom pour le moins inhabituel - on le nommait Erin, bien qu'il soit un homme - découlait sa nature : il s'agissait d'un Personnage lui aussi. Adossé contre le mur, il pestait. La nature humaine le dégoûtait profondément : toujours à courir par-ci par-là, rire, vouloir. Un vœu, oui. Un faux souhait qui sera remplacé par la volonté d'en avoir toujours plus un peu plus tard.

Il écoutait vaguement les conversations entre les passants, qui n'étaient jamais bien intéressantes. De toute manière, pour lui, les passants eux-mêmes n'étaient pas très intéressants. Il les considérait comme des objets. Quoi de plus normal ? Il ne les connaissait pas, et il savait. D'ici peu, ce monde allait brûler. Un petit souffle plein de mépris sortit d'entre ses lèvres. Il pestait, tout simplement. Comment ces humains pouvaient-ils paraître si heureux alors qu'ils allaient tous disparaître ? Égocentrisme. Voilà la seule explication qu'il y trouvait. Peut-être à cette liste pouvait s'ajouter le terme "ignorance". D'un geste blasé, il leva le bras et porta sa cigarette à ses lèvres. Sa dernière cigarette.

La fumée bleutée se dispersa dans l'air avec son souffle. Il ne savait plus quoi penser. Devait-il prévenir les humains ? Devait-il juste passer son chemin et attendre la fin, parce que personne n'y pourrait jamais rien ? Il n'en savait rien. Il était énervé, il n'arrivait pas à réfléchir. Il n'arrivait pas à réfléchir, et ça l'énervait. Qui sait ce qu'il aurait donné pour voir tous ces gens paniquer avant de mourir à jamais... mais à quoi bon. Ils n'étaient comme lui que de vulgaires pantins, à la différence que lui le savait. Tant que ce monde n'était pas terminé, il n'avait aucune emprise dessus. Telle est la contrainte principale d'un Personnage : le monde est réelle, par conséquent ils ne peuvent le modifier à leur guise. Que vaut alors dire le fait qu'un Personnage veuille recréer le monde ?

Vivre une vie normale. Simplement. Ils aspirent tous à la même chose, ces Personnages. Redevenir inconscients de leur réelle identité de papier, vivre une vie qui leur semble naturelle. Aussi une question se pose chez l'auteur, qui soulève sa plume après cette idée. Serait-il lui aussi un personnage, un pantin d'un autre auteur qui écrirait sur la banalité de ce monde ? Non, tout ça était tout à fait incongru. Il secoua la tête et reposa sa plume sur le papier. Crissement de la plume, retour à la problématique originelle.

Finir ce monde.

Éventuellement, tout disparut d'un seul coup. Sans aucune transition, rien. Fini les immeubles, fini les personnes qui riaient. Tout avait disparu d'un coup, laissant place à une brume indistincte où se trouvait juste une personne. Erin, toujours ici. Le Personnage entrait en scène. Lui voyait la lumière orange. Il ne s'agissait pas du soleil, ni du feu, ni d'une quelconque chaleur. Il ne s'agissait pas même de la vie, ou d'un concept aussi flou. Pour rester dans le vague, il s'agissait d'une boule qui permettrait de sauver ce monde. Un autre monde enfermé dans une petite sphère lumineuse. En regardant à l'intérieur, il vit deux personnes en train de regarder dans le ciel. Il neigeait. L'un était brun, aux yeux verts, habillé de noir. L'autre avait les cheveux noirs, les yeux bleus, et était vêtu de blanc. Avec un sourire, il écrasa la boule dans sa main. Il valait mieux finir ce monde.

Une seconde lumière apparut plus loin. En allant la voir, il revit l'homme habillé de blanc, sauf que cette fois il portait les vêtements de l'homme aux cheveux bruns. Lui tremblait dans la neige, les yeux écarquillés par le froid et la peur de mourir une deuxième fois. Avec un dernier regard triste, il compressa la boule orangée dans sa main. Il valait mieux là aussi en finir. La vie n'est qu'illusion : il était le premier à s'en rendre compte. Bien vite il fit le tour de ce monde, cherchant vainement un moyen de s'échapper ou de trouver de la compagnie. Il ne voulait pas finir comme ce Personnage tremblant dans le froid.

La brume se dissipa. Il avait déjà détruit des centaines de mondes, tandis que le sol se craquelait. Plus aucune lumière ne sortait des failles. Il avait détruit tout monde possible. Il ne voulait pas finir comme eux. Il s'était assis dans un coin, les bras autour des jambes, la tête sur ses cuisses. Il attendait. Son tour viendrait, lui aussi. Une feuille lui effleura la main. Il releva la tête pour voir ce qui se passait : les feuilles tombaient lentement, une par une. Il ne restait plus qu'une étape avant la fin. D'un air nostalgique, il regardait les feuilles tomber. Avec un petit sourire, il se dit que ce monde n'était qu'une pâle copie des saisons. La petite brume du printemps, la chaleur étouffante de l'été qui détruit les sols, l'automne, ses pluies et son tapis de feuilles...

-et l'hiver...


Hiver, saison de neige. Saison où tout mourait, où tout se finissait. La saison la plus horrible pour mourir. Mourir dans le froid, entouré et recouvert par le symbole de la pureté. Encore un voeu hypocrite. Il détestait tout ça. Il ne voulait plus rien voir, il ne voulait plus rien entendre. Le froid le fit frissonner. Un petit flocon qui atterrit dans son cou l'informa qu'il était temps. Il allait mourir, lui aussi. En relevant la tête, il vit une nouvelle sphère se former. Il accourut auprès d'elle, et l'observa.

Elle n'était pas comme les autres. Son intérieur était bien différent. Il s'agissait d'une pièce bondée, recouverte de feuilles blanches. Un lit défait se trouvait dans un coin, couvert lui aussi par les feuilles. Les feuilles en elles-mêmes étaient couvertes d'écritures et de ratures. Un petit bureau en chêne, une bibliothèque. Un meuble quelconque. Tout était si normal dans cette pièce, en dehors des feuilles blanches. Une seule personne se tenait au bureau, plume à la main. Il semblait écrire quelque chose, le barrer, le réécrire.

C'est alors qu'il comprit. C'était son espoir pour sortir de ce monde, enfin exister, ne pas mourir ici. D'une main fébrile, il prit la boule délicatement, et commença à la presser. La personne à l'intérieur avait arrêté d'écrire, et le regardait. Avec un petit sourire. Lui aussi savait ce qui l'attendait, et il regardait Erin comme si il le mettait au défi de compresser cette sphère lumineuse. Comme si il savait ce qui allait se passer. Un éclair de rage passa dans les yeux d'Erin. L'instant d'après, son poing se refermait sur le monde de l'Auteur dans un cri de rage, poussé par le seul survivant de tous les mondes.

-Pour qui tu me prends, créateur de merde ?!


Le monde s'était arrêté.
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